Nathalie Novain©2017- Tous droits réservés

Géologies de l’Ecart

Dans, est, mon, de, acte, le, dedans, fait, même, ce, travail, parties, empilés, piles, cassés, morceaux, tas, clastique, entassés, identiques, interchangeables*

Le travail de Nathalie Novain associe à une certaine célérité la lenteur d’un processus de sédimentation des matières, des actes et des expériences ; tempo calcaire d’une chute dans le liquide immobile de l’espace d’exposition. Il en résulte d’abord un silence substantiel. Puis la pensée s’organise en formes rigoureusement minérales : carrés, baguettes, rhomboïdes, trapèzes, ovales et autres cabochons facettent avec discrétion les pâles lueurs d’une boîte blanche. Si la taille et le moulage de ces volumes requièrent une méditation analogue à celle que provoque la beauté d’un parfait stalactite, ils n’en recèlent pas moins, dans le secret de leurs veines, une géographie particulière. Bien sûr il y a Carrare, que l’artiste associe de façon énigmatique à l’architecture d’un vestibule. Mais il y a aussi Monaco, gisement inattendu de frêles et cylindriques souvenirs. Mer ou montagne. Sur le flanc des Alpes toscanes, depuis l’époque romaine, le marbre affleure qui depuis l’autoroute fait croire au scintillement de neiges éternelles. Au fond des séracs de ce monumental glacier, l’homme s’est, de longtemps, ménagé des passages. Ces incises dans le minéral brut, l’artiste se les approprie sur un mode anatomique. Son Vestibule marmoréen n’est autre qu’une cavité du labyrinthe osseux de notre oreille interne : il équilibre le lieu où il se trouve, où il prend place. Quant à l’écaille beige du Rocher, elle doit son unité aux terrains de couverture marneux du Crétacé. La sculpture de Nathalie Novain joue bien sur un Ecart ; géographique, temporel, plastique et poétique. Le cristal le plus pur, réduit en poudre, recouvre grâce à l’eau sa géométrie originelle. Pourtant, au-delà du miracle des analogies et dans la solitude de l’atelier persiste la latence d’une fracture. Un deuil est à venir, comme un point d’interrogation adressé à l’amour en ses blanches retombées : la contention plâtrée des formes met paradoxalement à nu leurs points d’équilibre. L’écart vise finalement la profondeur du rapport entre dureté et fragilité. De nouvelles brèches s’ouvrent, l’espace se libère. Et les murs de l’atelier se facettent d’esquisses graphiques inédites et de plans d’orfèvres qui aiguillent dans le même temps le présent et l’absent. C’est que, dans la précision des gestes techniques, l’artiste maintient toujours le recul nécessaire à l’aménagement d’une singularité – ou d’une multiplicité - topographique.

*Carl Andre, Poème, 1967, cité par Marianne Brouwer in SCULPTOR 1997 CARL ANDRE MARSEILLE, cat. expo. Musée Cantini, juillet-septembre 1997, Marseille, Musées de Marseille, 1997, p. 78.

Jean-Baptiste Mognetti